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Prix Nobel de la Paix 2019 pour l'Ethiopie

Le Prix Nobel de la Paix 2019 a été attribué au premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed (43 ans). C’est une belle valorisation pour ce pays trop souvent dépeint négativement en raison de sa pauvreté et de ses résolutions politiques arbitraires (entre corruptions et arrestations).

Pacificateur et réformateur, Abiy Ahmed a reçu ce titre pour avoir œuvré à la réconciliation entre l’Éthiopie et l’Érythrée. La signature du traité de paix, qui date de septembre 2018, est censée acter la normalisation des relations entre ces deux voisins qui se déchirent depuis des décennies.

Des actes symboliquement forts ont été réalisés depuis cette date : libération de prisonniers politiques, réouverture des ambassades et de postes-frontières, reprise de la circulation, notamment aérienne.



Toutefois, la rivalité territoriale concernant la région frontalière de Badmé reste un sujet de tension. Conquise par l’Érythrée en 1998, cette région fut arrachée par les forces éthiopiennes en 2000, avant que le tribunal international de La Haye ne la replace administrativement en Érythrée, décision que l’Éthiopie refuse pourtant d’appliquer. Dans la balance pèse fortement le poids de l’accessibilité aux ports érythréens pour l’Éthiopie qui ne dispose plus d’ouverture sur l’océan depuis la sécession.



Une paix donc très fragile, qui n’a pas empêché le charismatique Abiy Ahmed de recevoir ce prestigieux titre décerné à « la personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix ». Le tableau a probablement été accentué par les autres actions pacificatrices du premier ministre qui, pour faire court, a permis la libération de prisonniers politiques et signé plusieurs accords de paix avec des groupuscules rebelles actifs en Éthiopie, que ce soit avec le FLO en août 2018 (Front de libération Oromo) ou encore avec le FNLO en janvier 2019 (Front national de libération de l’Ogaden).



Toutefois, ce prix Nobel ne peut masquer la réalité complexe des tensions interethniques au sein de l’Éthiopie. En juin dernier, un putsch a été enrayé en région Amhara, au cours duquel des civils ont été tués, ainsi que le chef d'état-major de l'armée nationale éthiopienne et un président de région. Il s’agissait de deux soutiens majeurs au premier ministre. Des affrontements ultérieurs ont mené à l’assassinat du général Tsige accusé d’avoir participé au putsch.

De manière plus individuelle, le nouveau promu se trouve également soumis aux diatribes violentes de Jawar Mohammed, une figure activiste qui cherche à exacerber le nationalisme ethnique. Initialement alliés, les deux hommes d’origine Oromo s’opposent aujourd’hui, usant de leurs influences respectives pour s’affaiblir, ce qui a des répercussions au niveau de la rue (échauffements, manifestations, émeutes).



Jawar Mohammed, ethno-nationaliste cherchant une plus grande autonomie économique et culturelle pour les Oromos, devient un opposant de taille pour contrer les réformes qu'Abiy Ahmed, multiculturaliste, place au niveau de la nation Éthiopie.

On peut considérer que la conséquence paradoxale des ouvertures engagées par le premier ministre sur fond de plus grande liberté d’expression a fait émerger bon nombre de revendications étouffées depuis de nombreuses décennies.

L’enjeu est très concret, puisque les élections de 2020 montreront si le chemin pris par le récent lauréat du prix Nobel de la Paix permettront la poursuite de son action. Abiy Ahmed a anticipé la tenue de ces élections en mobilisant les participants au scrutin sur un code de bonne conduite électorale refusant la fraude, la corruption et mettant les acteurs politiques au service de la volonté du peuple éthiopien dans son intégralité.




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