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Harar

Dernière mise à jour : 26 mars 2023

En ce début de ramadan (fin avril 2020), un petit détour dans l’Éthiopie orientale du côté de la cité de Harar, permet d’évoquer le site par lequel l’Afrique a découvert l'Islam. A plus de 500 kilomètres à l’est d’Addis-Abeba, implantée sur un haut plateau d’altitude donnant sur la savane pré-somalienne, Harar est une cité inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2006 pour ses dimensions culturelles et architecturales.

Peu après l’Hégire (en 622), le Nord de la Somalie aurait accueilli des musulmans fuyant les persécuteurs de la Mecque au 7e siècle. Au fil du temps, marins et marchands voyageant autour de la péninsule arabique entre la Mer Rouge et le Golfe d’Aden s’implantèrent par des mariages politiques et des transactions le long des passages caravaniers. Devenue point névralgique d’un puissant sultanat médiéval qui s’opposa longtemps à l’empire chrétien d’Abyssinie, la cité fortifiée entre les 13e et 16e siècles abrite plus de 80 mosquées.


À la fois carrefour spirituel et commercial de la Corne de l’Afrique, Harar fut jusqu’à la fin du 19e siècle jalousement préservée du monde occidental derrière ses murailles seulement percées de 5 portes historiques ouvertes sur les 5 grandes routes africaines. Conquise en 1887 lors des batailles expansionnistes de Menelik II Negus du Showa (avant de devenir empereur d’Éthiopie), Harar se trouva alors ralliée au territoire éthiopien. À ne pas confondre avec Harare, capitale du Zimbabwe où justement l’ancien dictateur Mengistu Haile Maryam finit ses jours, sous le coup d’une condamnation pour génocide par contumace.



À Harar, l’assemblage de traditions musulmanes et africaines ont donné un cachet

particulier, auquel s’est également mélangée la tonalité apportée par les commerçants indiens immigrés, notamment reconnaissable par des vérandas de bois. C’est en partie ce qui a conduit à sa reconnaissance et sa protection par l’Unesco, qui valorise « un ensemble socio-environnemental complexe où chaque élément a un sens symbolique et pratique », ajoutant que les Harari se distinguent par des traditions culturelles toujours vivantes ainsi que la qualité de l’artisanat traditionnel (tissage, vannerie, reliure et, bien sûr, café).



Centre d’études islamique ancien, la cité de Harar est aussi parfois signalée par les tour operators ou les articles de presse comme la 4e ville sainte de l’Islam. Cependant aucune source théologique ne permet de confirmer cette appellation, les principales villes saintes musulmanes étant La Mecque, Médine, Jérusalem, auxquelles sont associés des lieux sanctifiés par la présence d’un tombeau ou d’une mosquée particulièrement reconnue.


L’anecdote méconnue


Le « poète maudit » Arthur Rimbaud vécu les derniers temps de sa vie à Harar. Arrivé en décembre 1880 en partie poussé par un esprit d’aventure tourmenté, il en repart en 1891, malade et épuisé. Il est question d’explorations, de contrebande d’armes, mais aussi, un peu plus prosaïquement, de transactions commerciales autour du café et des peaux. Par contrat annuel lui octroyant 150 roupies par mois pour son implantation à Harar, il était devenu acheteur pour la maison Viannay-Bardey & Cie spécialisée dans ces produits. Etait-ce là une concrétisation de son auto-prophétie d’une saison en enfer « j’aurai de l’or ; je serai oisif et brutal » ? Toutefois la fortune ne vint pas si facilement à lui. Et c’est ainsi que l’histoire lui prête un rôle dans une livraison de vieux fusils achetés à Liège et destinés à Menelik II qui ne s’en laissa pas conter, occasionnant à Rimbaud une cruelle déconvenue financière lors de «la liquidation de cette misérable affaire. »


En marge de ces affaires hasardeuses, la Société de Géographie en retirera la découverte de l’Ogaden par un Rimbaud avide de périples extrêmes, parlant arabe, oromo, amharique et harari. Un musée Rimbaud à Harar, sis dans un bel édifice tout de bois et vitraux où le poète aventurier ne vécut apparemment pas, rend hommage à l’homme et son époque, faite d’explorations et de découvertes ethnologiques.




Portrait identifié en 2015 comme celui de Rimbaud aux alentours de 1880, à l’âge qu’il avait au moment de son arrivée à Harar (retrouvé dans l’album privé de Liane de Pougy).

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